Edmond Rostand | Cyrano de Bergerac


Acte I : Une représentation à l'Hôtel de Bourgogne

La scène se déroule dans le théâtre de Bourgogne où un public nombreux et très mélangé va assister à la représentation de La Clorise, une pastorale de Balthazar Baro. Il y a là des bourgeois, des soldats, des voleurs, le tout-Paris littéraire d'alors, des petits marquis, un père qui veut faire découvrir le théâtre à son jeune fils, des académiciens, et même, apprend-on, le cardinal de Richelieu. On y découvre aussi Roxane, une jeune femme précieuse, Christian de Neuvillette, un jeune noble provincial secrètement amoureux d’elle, et le comte de Guiche, qui lui, également amoureux de Roxane, a décidé de la marier au vicomte de Valvert, l’un de ses amis. Le rôtisseur Ragueneau, amateur de belles-lettres, annonce à ses connaissances (il en a beaucoup parmi les littérateurs faméliques présents) que Cyrano, par ailleurs cousin de Roxane, a interdit l'artiste Montfleury de scène pour 1 mois. Mais, apparemment, pas de Cyrano, au grand soulagement de son sage ami Le Bret. Le rideau se lève et la pièce commence. Surgit alors Cyrano qui interrompt Montfleury en pleine tirade et le chasse de la scène, interrompant ainsi la représentation (dont il rembourse la recette en jetant sa bourse aux acteurs) malgré une opposition aussi générale que craintive car Cyrano a la réputation d'un redoutable bretteur : «Son glaive est la moitié des ciseaux de la Parque». Poussé par De Guiche, Valvert intervient en essayant d'attaquer Cyrano sur son nez; mais, peu doué pour la raillerie, il ne réussit qu'à inspirer à Cyrano une réponse qui le ridiculise sous la forme d'une des plus célèbres tirades du théâtre français : «Ah! Non! C'est un peu court, jeune homme! On pouvait dire... Oh! Dieu! bien des choses en somme». Vexé, le vicomte, malgré les conseils de De Guiche, passe aux insultes, ce qui aboutit à un duel immédiat. Tout en ferraillant, Cyrano improvise une ballade. Il tue le vicomte au dernier vers comme annoncé : «A la fin de l'envoi, je touche.» Le public félicite Cyrano et s'en va. Resté seul, Cyrano confie à Le Bret, qui se doute que le talent de Montfleury n'est pas la vraie cause de l'incident, que l'acteur a osé regarder Roxane, dont Cyrano est l'amoureux transi à cause de son nez plus grand que la moyenne. Coïncidant avec les encouragements de Le Bret, arrive la duègne de Roxane qui lui fixe un rendez-vous discret pour le lendemain matin. L'effet est immédiat : de très abattu qu'il était, Cyrano redevient celui qui est prêt à affronter le monde entier. On vient lui apprendre qu'un poète de ses amis est attendu par 100 spadassins suite à une méchante chanson persiflant un grand seigneur. Cyrano annonce qu'il se charge d'ouvrir la route à lui tout seul et part, suivi d'une foule de témoins, vers le guet-apens prévu Porte de Nesle : «Ne demandiez-vous pas pourquoi, mademoiselle, Contre ce seul rimeur cent hommes furent mis? C'est parce qu'on savait qu'il est de mes amis!»


Acte II : La rôtisserie des poètes

Le lendemain matin, Cyrano s'en vient attendre Roxane à l'endroit convenu, la rôtisserie de Ragueneau, dont la femme Lise est exaspérée par la gestion peu commerciale du rôtisseur et se laisse courtiser par un mousquetaire. De fait, pendant que Cyrano écrit une lettre enflammée destinée à Roxane, la boutique est envahie par toute une troupe de plumitifs que Ragueneau nourrit gratuitement pendant qu'ils font semblant d'écouter une recette qu'il a mise en vers, ce qui le rend particulièrement sympathique à Cyrano. A l'entrée de Roxane, Ragueneau entraîne tout le monde dehors, laissant Cyrano seul avec elle. Celle-ci, rappelant le passé, donne un immense espoir à Cyrano, suivi de la déception qu'on devine lorsqu'elle explique que l'élu de son coeur est Christian de Neuvilette et qu'elle attend de Cyrano qu'il le protège : en effet, Christian doit entrer le jour même dans la compagnie des Cadets de Gascogne, laquelle s'arrange pour éliminer en duel tout non-gascon qui a commis l'erreur de s'y engager. Cyrano, malgré son chagrin, accepte la mission et Roxane le quitte tellement rassurée qu'elle ne prend même pas la peine de se faire raconter le combat de Cyrano à la Porte de Nesle : «...Cent hommes!, Vous me direz plus tard. Maintenant, je ne puis. Cent Hommes! Quel courage! - Oh! j'ai fait mieux depuis.» À Roxane succèdent les Cadets de Gascogne et toute une foule d'admirateurs ayant entendu parler du combat de la Porte de Nesle. Cyrano les reçoit assez mal, y compris De Guiche venu lui proposer sa protection ou celle de son oncle Richelieu. De Guiche annonçant de surcroît que c'est lui qui avait posté les 100 spadassins, Cyrano s'en fait un ennemi déclaré et ses admirateurs, sentant le vent tourner, se retirent, excepté les Cadets. Le Bret devine la cause réelle de l'humeur de Cyrano : «Fais tout haut l'orgueilleux et l'amer, mais, tout bas, Dis-moi tout simplement qu'elle ne t'aime pas!». Si les Cadets sont restés, c'est non seulement pour écouter le récit de la bataille mais aussi pour en profiter pour se débarrasser de Christian de Neuvillette, auquel ils laissent entendre que toute allusion au nez de Cyrano équivaut à une entrée dans l'autre monde : «Un mot suffit! Que dis-je, un mot? Un geste, un seul! Et tirer son mouchoir, c'est tirer son linceul!». Christian, qui n'a pas assisté au duel de l'Hôtel de Bourgogne (il était sorti pour prévenir le poète menacé) et donc ne connaît pas Cyrano (qui, de son côté, ne l'a jamais vu), comprend ce qu'on attend de lui. Aussi, quand Cyrano raconte avec une certaine solennité son combat contre les spadassins, agrémente t-il le récit de commentaires facétieux évoquant le nez, commentaires que Cyrano supporte à la grande surprise des Cadets jusqu'au moment où il explose et chasse tout le monde pour s'expliquer seul avec Christian. Cyrano révèle alors à Christian qu'il est le cousin de Roxane. Christian, qui effectivement est amoureux de Roxane, déclare à Cyrano qu'il l'admire et retire toutes ses railleries mais lui apprend que son amour est sans espoir car il ne sait pas parler aux femmes : lui aussi est un amoureux transi, par manque d'esprit. Alors que Christian se lamente sur son incapacité, Cyrano imagine une association : «Il me faudrait de l'éloquence! - Je t'en prête! Toi, du charme Physique et vainqueur, prête-m'en : Et faisons à nous deux un héros de roman!» Et la lettre que Cyrano avait écrite pour son compte ira à Roxane pour celui de Christian. Revenant dans la rôtisserie, les Cadets s'étonnent de trouver Christian encore vivant et commencent à taquiner Cyrano sur son nez. Celui-ci rétablit bien vite sa réputation grâce au mousquetaire qui tournait autour de Lise.


Acte III : Le baiser de Roxane

Si Ragueneau a été ruiné et quitté par sa femme, les affaires de Christian vont au mieux. Roxane explique à Cyrano passant devant chez elle qu'elle l'admire : «Ah! Qu'il est beau, qu'il a d'esprit et que je l'aime! - Christian a tant d'esprit?... - Mon cher, plus que vous-même!» Arrive alors De Guiche qui annonce à Roxane qu'il part pour la guerre. Totalement indifférente, Roxane s'émeut en apprenant que les Cadets de Gascogne y vont aussi et elle convainc De Guiche de les laisser à Paris. De son côté, Christian veut rompre l'association avec Cyrano, qui donc le laisse affronter seul Roxane. C'est un désastre. Christian implore alors Cyrano de venir à son secours, ce qui donne lieu à l'une des plus célèbres scènes du théâtre français : de son balcon, Roxane voit l'ombre de Christian mais entend Cyrano, qui lui souffle ses répliques puis bientôt parle à sa place, et tellement bien que Christian en profite pour se faire accorder un baiser dont Cyrano se console tant bien que mal : «...Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre Elle baise les mots que j'ai dits tout à l'heure!» Surgit un capucin envoyé par De Guiche qui donne rendez-vous à Roxane à leur couvent. Roxane fait croire au capucin que Richelieu ordonne qu'elle épouse immédiatement Christian, Cyrano étant chargé de retenir De Guiche s'il se présente. Cyrano parvient effectivement à détourner l'attention de De Guiche en inventant une histoire extraordinaire de voyage vers la lune. Mais quand De Guiche apprend qu'il a été berné, il décide d'envoyer les Cadets de Gascogne à la guerre et charge Christian de porter l'ordre de départ immédiat.


Acte IV : Les Cadets de Gascogne

Les Français assiègent Arras mais sont eux-mêmes encerclés par une armée de secours : c'est la famine. Le moral des Gascons s'en ressent et Cyrano le rétablit difficilement. Survient alors De Guiche, mécontent de l'état d'esprit irrespectueux des Cadets. Cyrano l'irritant un peu plus, De Guiche annonce aux Gascons qu'une partie de l'armée est allée chercher un convoi de vivres, que les Espagnols le savent, qu'ils vont en profiter pour attaquer et que ce sera sur leur position : «Comme à votre bravoure on n'en compare aucune, C'est mon Roi que je sers en servant ma rancune.» Christian demande alors à Cyrano d'écrire une lettre d'adieu à Roxane, pour le cas où... Voyant que Cyrano a anticipé son désir, il le soupçonne d'aimer aussi Roxane, Roxane qui arrive soudain de manière tout à fait imprévue. Embarrassé, De Guiche s'en va renforcer la position. Roxane commence alors à distribuer les vivres dont son carrosse est rempli. De Guiche revient et, constatant que Roxane ne veut pas s'en aller, décide de rester avec les Gascons pour la défendre; il refuse également de manger quoi que ce soit, beaux gestes que Cyrano salue en connaisseur. Profitant de ce que tout le monde est occupé à préparer le combat, Cyrano révèle à Christian qu'il lui a écrit beaucoup plus souvent qu'il ne le croit, détail qui désespère Christian car Roxane lui avoue que ce sont ses lettres qui l'ont déterminée à le rejoindre. Christian demande alors à Cyrano de clarifier la situation : Roxane doit tout savoir et choisir entre eux. Mais au moment où Cyrano va tout expliquer à Roxane, Christian est tué. Cyrano n'a plus qu'à garder leur secret et lui remet la dernière lettre en écoutant patiemment l'éloge funèbre de Christian par Roxane, impatiemment aussi car les Espagnols attaquent. Cyrano somme alors De Guiche de quitter la ligne de feu en emmenant Roxane et lui-même se jette au plus fort de la bataille.


Acte V : La gazette de Cyrano

Quinze ans plus tard, Roxane, qui s'est retirée dans un couvent après la mort de Christian, attend Cyrano qui vient chaque samedi lui conter les événements de la semaine et, au passage, fanfaronne en libre-penseur qu'il est resté. De Guiche aussi vient, de loin en loin, rendre visite à Roxane. Justement, il passe et, trouvant Le Bret, lui confie qu'il a entendu dire que «Ce Cyrano pourrait bien mourir d'un accident.» Pendant que Roxane raccompagne De Guiche, surgit Ragueneau, affolé, qui annonce à Le Bret que Cyrano a été gravement blessé d'une pièce de bois qu'un laquais a laissé tomber d'une fenêtre. Le Bret et Ragueneau courent rejoindre Cyrano dans son taudis. A peine sont-ils partis qu'arrive Cyrano, assez mal en point mais Roxane, occupée à sa tapisserie, ne s'en aperçoit pas. S'il n'est pas tout à fait à l'heure, c'est qu'il fut «mis en retard, vertuchou!... - Par? - Par une visite assez inopportune. - Ah! Oui! Quelque fâcheux? - Cousine, c'était une Fâcheuse.» Roxane ne comprend toujours pas : «Je ne vous laisse pas partir avant ce soir. - Peut-être un peu plus tôt faudra-t-il que je parte.» Cyrano raconte alors d'un ton badin les derniers potins mondains puis, à la suite d'un court malaise, demande à Roxane de lui laisser lire la lettre d'adieu censée être de Christian. Roxane la lui donne et Cyrano la lit mais à voix haute, ce qui étonne Roxane en qui remonte le souvenir «D'une voix... Mais... que je n'entends pas pour la première fois!». Cyrano continuant à lire alors que la nuit est tombée, Roxane comprend qu'il est l'auteur réel de la lettre, que Cyrano était amoureux d'elle, que tout l'esprit de Christian était en fait le sien comme était sienne la voix sous le balcon. Surviennent alors Le Bret et Ragueneau affolés qui informent Roxane de l'état de Cyrano. Au milieu des pleurs de ceux qui l'entourent (et en général de quelques spectateurs car la scène est très émouvante) Cyrano, dans un ultime effort, se redresse, compose son épitaphe, défie vainement la mort («Que dites-vous?... C'est inutile?... Je le sais! Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!», les Compromis, les Préjugés, les Lâchetés, la Sottise et, tout en admettant sa défaite, leur annonce qu'«il y a malgré vous quelque chose Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu, Mon salut balaiera largement le seuil bleu, Quelque chose que sans un pli, sans une tache, J'emporte malgré vous, et c'est... - C'est?... - Mon panache.»